C'est une conversation que j'ai eue plusieurs fois, toujours avec le même enchaînement. Un professionnel veut refaire son site. Il contacte quelqu'un. Et là, au moment de récupérer le nom de domaine, on découvre qu'il n'est pas à son nom.
Parfois le prestataire d'origine est joignable et tout se règle en un e-mail. Parfois il a cessé son activité. Parfois la relation s'est mal terminée et il ne répond plus. Dans ce dernier cas, l'adresse que vos clients connaissent, celle imprimée sur vos cartes de visite et sur votre camionnette, ne vous appartient pas.
La confusion qui coûte cher
Trois choses différentes sont souvent mélangées :
- Le nom de domaine : votre adresse,
monentreprise.fr. Il se loue à l'année auprès d'un bureau d'enregistrement (OVH, Gandi, Ionos…). - L'hébergement : l'espace serveur où vivent les fichiers de votre site.
- Le site lui-même : les pages, les textes, les images.
On peut parfaitement changer d'hébergeur ou refaire son site en gardant son nom de domaine. C'est même le cas le plus fréquent. Mais l'inverse n'est pas vrai : si vous perdez le domaine, vous perdez votre adresse, vos e-mails contact@monentreprise.fr, et le référencement accumulé dessus.
D'où l'importance de savoir qui en est titulaire.
Vérifier en deux minutes
Pour un domaine en .fr, le plus simple est le service de recherche de l'AFNIC, l'organisme qui gère l'extension française. Vous y tapez votre domaine et vous obtenez la fiche publique.
Pour les autres extensions (.com, .net, .eu…), on parle de Whois : de nombreux bureaux d'enregistrement en proposent un gratuitement.
Le champ à regarder s'appelle titulaire (ou registrant). C'est le seul qui détermine la propriété. Les champs « contact administratif » et « contact technique » peuvent parfaitement être ceux de votre prestataire, c'est normal et sans danger.

Trois cas de figure :
- Votre nom ou votre raison sociale apparaît en titulaire. Tout va bien.
- Le nom du prestataire apparaît. Il faut agir, voir plus bas.
- Les données sont masquées. C'est fréquent : les particuliers bénéficient d'une diffusion restreinte, et beaucoup de bureaux proposent une option d'anonymisation. Dans ce cas, demandez directement à votre prestataire une copie de la fiche, ou connectez-vous à l'espace client pour vérifier.
Si vous n'êtes pas titulaire
Ne partez pas du principe qu'on vous a piégé. Dans l'immense majorité des cas, c'est une facilité de départ : le prestataire a réservé le domaine avec ses propres coordonnées pour aller vite, et personne n'y a repensé ensuite.
La marche à suivre, dans l'ordre :
- Demandez le transfert de titularité par écrit. E-mail simple et courtois : « Je souhaite être enregistré comme titulaire du domaine X. Merci de procéder au changement. » La procédure est standard et gratuite chez tous les bureaux d'enregistrement.
- Demandez le code de transfert (appelé auth code ou code de transfert) si vous voulez aussi déplacer le domaine chez un autre bureau.
- Vérifiez le résultat sur la fiche publique, quelques jours plus tard. Tant que le changement n'apparaît pas, il n'est pas fait.
Si le prestataire est injoignable, contactez directement le bureau d'enregistrement en expliquant la situation : des procédures existent, notamment quand le nom de domaine correspond à votre marque ou à votre raison sociale. C'est plus long, mais ce n'est pas perdu.
Les trois règles à retenir
Le nom de domaine est à vous, pas à celui qui fabrique votre site. C'est votre enseigne : le peintre qui la pose ne devient pas propriétaire de votre boutique.
Réservez-le vous-même, avec votre carte bancaire, sur votre propre compte client. Cela prend dix minutes et coûte une dizaine d'euros par an. Vous pouvez ensuite donner les accès techniques à qui vous voulez.
Notez la date d'échéance dans votre agenda et laissez le renouvellement automatique actif. Un domaine oublié est libéré, et il peut être racheté par n'importe qui, parfois par un concurrent, parfois par un revendeur qui vous le proposera dix fois le prix.
Gardez les identifiants, même quand vous déléguez. Un prestataire sérieux n'aura aucune objection à ce que vous soyez titulaire : c'est même la première chose qu'il devrait vous proposer.
Et si vous partez de zéro
Choisissez court, prononçable au téléphone et sans piège d'orthographe. Si vous devez épeler votre adresse à chaque client, elle est ratée.
Le .fr est un bon choix pour une activité locale : il indique immédiatement que vous êtes en France, et il reste bien plus disponible que le .com. Rien n'empêche de réserver les deux et de faire pointer l'un vers l'autre.
C'est en général la toute première étape d'un projet, avant même de parler de design ou de contenu, et l'une des rares qu'il vaut mieux faire soi-même. Le reste, on peut en parler ensemble.