« Moins de voitures, moins de clients » est l'intuition la plus solidement installée du commerce de centre-ville. Elle est aussi l'une des mieux contredites par les mesures. À Nancy, en 2021, les commerçants interrogés estimaient que 77 % de leurs clients venaient en voiture. La réalité mesurée était de 35 %. Cet article rassemble les chiffres, dit d'où ils viennent, et précise ce qu'ils ne prouvent pas.
L'enquête de Nancy, été 2021
C'est la donnée la plus utile pour un commerçant nancéien, parce qu'elle a été produite ici, sur les clients d'ici.
Lors du test de l'aire piétonne du centre-ville à l'été 2021, une enquête a interrogé 74 commerçants, 100 riverains et 1 287 usagers. Elle comparait deux choses : ce que les commerçants pensaient du mode de déplacement de leurs clients, et ce que les clients déclaraient eux-mêmes.
| Mode de déplacement | Estimation des commerçants | Réalité déclarée par les clients |
|---|---|---|
| Voiture | 77 % | 35 % |
| Marche | 11 % | 39 % |
| Vélo | 1 % | 13 % |
Trois lectures s'imposent.
L'écart sur la voiture est d'un facteur deux. Les commerçants voyaient une clientèle motorisée majoritaire là où elle était minoritaire.
L'écart sur la marche est d'un facteur trois et demi. Le premier mode d'accès réel était le mode le plus invisible aux yeux des commerçants. Logique : un piéton n'annonce pas qu'il est venu à pied, alors qu'un automobiliste parle volontiers du stationnement.
Le vélo était treize fois sous-estimé. Un client sur huit, considéré comme inexistant.
L'enquête relevait par ailleurs que 55 % des clients se déclaraient très favorables à une aire piétonne permanente, contre 23 % des commerçants. La clientèle était donc nettement plus demandeuse que ceux qui la servent ne le supposaient.
Le même écart, mesuré ailleurs
Nancy n'est pas une exception, et c'est ce qui rend le résultat intéressant.
- Graz, en Autriche : les commerçants estimaient à 58 % la part de leur clientèle venue en voiture, contre 32 % mesurés.
- De manière générale, les enquêtes de mobilité situent l'écart entre 10 et 20 points : les commerçants surestiment systématiquement la voiture et sous-estiment la marche.
La régularité de ce biais est ce qui compte. Il ne s'agit pas d'un cas isolé ni d'une particularité locale, mais d'une erreur de perception structurelle, et elle a une explication simple : un commerçant se déplace lui-même souvent en voiture, et il entend parler du stationnement toute la journée, jamais de la marche.
Et le chiffre d'affaires, après piétonnisation ?
C'est la question qui compte vraiment, et la réponse demande plus de prudence que les chiffres de mobilité.
Les travaux disponibles vont dans le même sens : les projets de piétonnisation se sont dans l'ensemble accompagnés d'une hausse du chiffre d'affaires des commerces concernés, avec un effet souvent plus marqué dans les villes moyennes que dans les grandes métropoles. Les revues de projets nord-américains favorables à la marche et au vélo concluent, dans leur grande majorité, à un bénéfice pour les commerces. Le cas le plus cité reste la fermeture de Times Square aux voitures à New York, suivie d'une hausse d'environ 22 % des ventes de détail du secteur dans l'année.
Trois précautions honnêtes s'imposent malgré tout :
- Ces études mesurent des moyennes. Elles ne garantissent pas le résultat d'un commerce en particulier.
- Tous les commerces ne sont pas égaux devant la piétonnisation. Ceux qui vendent des produits lourds ou volumineux (électroménager, matériaux, literie) dépendent réellement de l'accès véhicule, et ils sont l'exception légitime.
- Corrélation n'est pas causalité. Une rue piétonnisée est souvent aussi une rue rénovée, mieux éclairée et mieux desservie. La piétonnisation n'agit jamais seule.
Ce qui reste solide, c'est la conclusion négative : rien, dans les données disponibles, ne soutient l'idée qu'une rue rendue aux piétons fait perdre des clients aux commerces.
Le vrai coût, c'est la phase de travaux
Voilà le point que les deux camps ont tendance à escamoter, chacun pour ses raisons.
Les partisans de la piétonnisation brandissent les chiffres de l'état final. Les opposants brandissent la difficulté du chantier. Les deux ont raison, et ils ne parlent pas de la même période.
La phase de travaux fait réellement chuter les recettes, et cela se mesure aussi. À Nancy, pendant le chantier de la ligne 1 en trolleybus, un commerçant de la rue Saint-Jean a constaté 30 à 40 % de chiffre d'affaires en moins ; environ 130 professionnels ont déposé un dossier auprès de la commission d'indemnisation amiable de la Métropole.
D'où une conclusion pratique qui vaut mieux que le débat : la question n'est pas « pour ou contre la rue piétonne », c'est « comment traverser le chantier ». Pour la rue Saint-Dizier, dont les travaux s'étalent de 2026 à 2030, le détail des phases et de ce qu'il y a à faire est dans le guide des commerçants de la rue Saint-Dizier.
Ce que ces chiffres changent pour votre site internet
Le lien n'est pas évident au premier abord, et il est pourtant direct.
Si la majorité de vos clients viennent à pied, à vélo ou en transport en commun, alors ils habitent ou travaillent à proximité, et ils décident sur leur téléphone, souvent à quelques rues de votre vitrine. Ce n'est pas une clientèle qu'on capte par le stationnement : c'est une clientèle qu'on capte par la recherche locale.
Trois conséquences concrètes :
- Vos horaires du jour sont votre contenu le plus consulté, avant vos produits. Un piéton vérifie avant de faire cinq minutes de marche.
- Le temps de marche vaut mieux qu'une adresse. « À trois minutes à pied de l'arrêt Point-Central » est une information exploitable ; un numéro de rue ne l'est pas.
- L'argumentaire d'accès doit être réécrit. Parler parking à une clientèle qui vient à pied, c'est répondre à une question que personne ne pose. Ce que contient un site de commerce, page par page, est décrit sur création de site vitrine à Nancy.
Autrement dit : le biais mesuré par l'enquête de 2021 ne fausse pas seulement le débat public. Il fausse le contenu des sites de commerces, qui s'adressent majoritairement à une clientèle motorisée qui représente à peine un tiers des clients réels.
Questions fréquentes
La piétonnisation fait-elle baisser le chiffre d'affaires des commerces ?
Les données disponibles ne le montrent pas. Les projets de piétonnisation se sont dans l'ensemble accompagnés d'une hausse du chiffre d'affaires, avec un effet plus marqué dans les villes moyennes. Ce qui fait réellement baisser les recettes, c'est la phase de travaux qui précède, et elle est temporaire. Les commerces vendant des produits lourds ou volumineux constituent l'exception légitime.
Quelle part des clients d'un commerce de centre-ville vient réellement en voiture ?
À Nancy, l'enquête de 2021 menée lors du test de l'aire piétonne mesurait 35 %, contre 77 % estimés par les commerçants. La marche représentait 39 % et le vélo 13 %. À Graz, la mesure donnait 32 % contre 58 % estimés. Les enquêtes de mobilité situent généralement l'écart entre perception et réalité entre 10 et 20 points.
Pourquoi les commerçants surestiment-ils autant la voiture ?
Parce que le stationnement est le seul mode de déplacement dont les clients parlent spontanément. Un piéton n'annonce pas qu'il est venu à pied, un cycliste non plus. Le commerçant, qui se déplace lui-même souvent en voiture, entend donc toute la journée parler d'un mode de transport minoritaire, et jamais des deux autres.
« No parking, no business » est-il vrai ?
Pas dans les termes où la formule est employée. Elle décrit correctement une minorité de commerces, ceux dont les produits ne se transportent pas à pied. Pour les autres, les mesures montrent que la clientèle motorisée est nettement plus faible qu'estimée, et que la suppression du transit automobile n'a pas fait baisser les ventes.
Ce qu'il faut en retenir
Un commerçant qui prépare l'après-chantier en pensant « il n'y aura plus de clients » se prépare à la mauvaise bataille. Les chiffres disent qu'il y en aura au moins autant, mais qu'ils arriveront autrement, et qu'ils auront décidé avant de partir de chez eux.
Ce qui décide alors, c'est d'être trouvable au moment de la décision. La page référencement naturel à Nancy explique comment ce travail se construit, garder ses clients quand un chantier bloque votre rue donne le mode d'emploi de la période intermédiaire, et le dossier d'indemnisation explique comment se faire réparer ce qui aura malgré tout été perdu.
Sources
- Reporterre : Air pur, commerces préservés : à Nancy, les atouts de la piétonisation (enquête menée à l'été 2021 auprès de 74 commerçants, 100 riverains et 1 287 usagers)
- Rue de l'Avenir : Enquête : à Nancy, la piétonisation est favorable aux commerces
- ADEME : Idée reçue n°2 : « la piétonnisation des centres-villes tue le commerce »
- The Conversation : « No parking, no business » en centre-ville : un mythe à déconstruire (écart de 10 à 20 points entre perception et réalité, cas de Graz)
- Métropole du Grand Nancy : Concertation sur la piétonnisation d'une partie du centre-ville
- ICI / France Bleu Sud Lorraine : Avec l'arrivée du trolleybus, les commerçants du Grand Nancy espèrent voir le bout du tunnel